DISCOURS EN FAVEUR DES DROITS DE L'HOMME
LE TRAVAIL DES ENFANTS
CENTRE D'HISTOIRE DE LA RESISTANCE ET DE LA DEPORTATION - LYON
MERCREDI 5 DECEMBRE 2007
Mesdames, Messieurs,
« Si j'avais à répondre à la question suivante : « Qu'est-ce que l'esclavage ? » et que d'un seul mot je répondisse : « C'est l'assassinat. », ma pensée serait d'abord comprise. » affirmait avant moi Pierre Joseph PROUDHON.
L'esclavage, c'est le pouvoir d'ôter, et pire, de voler à un Homme sa pensée, son identité, son corps, c'est un pouvoir de vie et de mort, et qui plus est, une violation des droits humains.
Ils sont approximativement 2 milliards d'enfants sur Terre, et un bon nombre d'entre eux vivent dans des pays en développement, dits pays « du Sud », à savoir majoritairement en Amérique Latine, Afrique et Asie. Dans ces pays, en moyenne 1 enfant sur 4 travaille.
Au 18ème siècle, certains ont affirmé que l'on vivait dans « le meilleur des mondes », pourtant, l'esclavage existait et quelques hommes connus de l'histoire le combattaient déjà. Aujourd'hui, après plus de 2 siècles, l'esclavage existe toujours, mais l'esclavage modernisé, c'est précisément le travail des enfants.
Devons nous cautionner l'anéantissement de l'innocence de 300 millions d'enfants ? Devons nous donner la priorité à 10% de croissance économique ou bien la donner à la sauvegarde des générations futures en préservant les enfants d'un monde auquel ils ne peuvent encore appartenir.
Des enfants, dont on sacrifie, aujourd'hui, en 2007, l'éducation et la culture à laquelle nous-mêmes, enfants du Nord avons accès, entre autres pour les faire travailler. C'est ici que réside l'injustice majeure.
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Dans les PED et les PMA, les enfants sont employés, si l'on peut dire, dans des secteurs où leur tâche est à la fois dangereuse et humiliante.
Ce sont les secteurs de l'agriculture, de l'artisanat traditionnel et de l'industrie, où les enfants sont nombreux à travailler en se mettant perpétuellement en danger.
Nous pouvons également évoquer le travail domestique et l'exploitation sexuelle où de nombreux enfants sont battus, enfermés et violés. Les sévices qu'ils subissent représentent une atteinte aux droits de l'Homme et les séquelles engendrées marquent ces enfants à vie, comme on marque au fer les bêtes d'élevage qui partiront à l'abattoir le lendemain.
Vous savez, ces enfants vivent avec la crainte perpétuelle de mourir, avec la faim, avec la maladie, avec des membres en moins parfois ou bien une partie du visage et du corps, même, brûlés par de simples accidents du travail ...
Voltaire écrivait déjà, dans Candide ou l'Optimisme :
« C'est à ce prix là que vous mangez du sucre en Europe. »
L'urbanisation du Tiers-Monde, l'extension des bidonvilles, et la multiplication des conflits inter-Etatiques ont engendré le travail de la rue et l'enrôlement militaire. Des enfants qui d'un côté, vendent leurs services, et de l'autre, leur âme.
Et tout ça pour quoi ?
Pour quelques centimes seulement qui servent alors à nourrir toute une famille.
Des enfants ? !
Quelle proie facile pour le dirigeant d'un grand groupe de renommée mondiale !... Ils ne se révolteront pas, ne se syndiqueront pas, seront prêts à travailler 16h par jour au lieu de 8h et éventuellement, à dormir à l'atelier pour gagner du temps.
Un enfant de 7 ans qui n'a pas mangé depuis une semaine, qui donne sa misérable paye à sa famille, et qui sait tout juste qui il est vraiment :
Quoi de plus vulnérable ?
Car au fond, c'est notre identité qui nous rend plus forts, et perdre ce privilège, c'est se rendre esclave.
Nous, enfants d'Occident, pouvons à peine imaginer ce qu'il se passait dans notre propre pays, où les enfants partaient travailler dans les mines et les usines, ce que Emile Zola et Victor Hugo s'employaient déjà à dénoncer.
Mais les vers de Mélancholia n'étaient pas uniquement valables dans les années 1800.
C'est pourquoi, je vous pose la question, à vous, citoyens de 2007 :
« Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit,
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit. » ?
Ils ont entre 5 et 14 ans et s'en vont mourir lentement au creux d'une usine insalubre qui produit du bonheur manufacturé en série, pour les Occidentaux.
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Certes, on pourrait énumérer les causes de leur condition ;
Certes on pourrait tout mettre sur le dos de la pauvreté ;
Certes on pourrait rendre les lacunes du système éducatif responsables ;
Certes, on pourrait mettre en cause les traditions de certains pays ;
Mais sommes nous en droit de reprocher à d'autres Hommes de ne pas avoir la même culture, les mêmes traditions que nous ?
Ne devrait-on pas, nous aussi, nous remettre en question face à ce fléau planétaire ?
Nous savons nous plaindre du pouvoir d'achat, nous savons nous plaindre de l'Etat Français, et nous savons nous plaindre d'un pays plus familièrement connu sous le nom de « pays des Droits de l'Homme ».
Mais n'a-t-on rien qu'une fois pensé au seul pouvoir de notre « vouloir d'achat » ?
En tant que consommateurs, nous sommes responsables du travail des enfants, responsables quand on exige toujours plus d'innovation, et, pour cela, nous devons répondre de nos actes.
Nous pouvons, parce que nous en avons les moyens, et nous devons, pour la dignité humaine, limiter, voire éradiquer le travail des enfants ; car l'enfant d'aujourd'hui sera l'Homme de demain.
Si l'on ne veut pas créer des tyrans en puissance, il faut leur rendre leur identité et la liberté d'être ce qu'ils devraient être, c'est-à-dire, des enfants.
Pour que demain, ils soient prêts à être les citoyens actifs d'une société mondiale et mondialisée sans subir nos inconséquences.
La prise de conscience à ce niveau est plus que récente, la Convention Nationale sur les Droits de l'Enfant date de 1989. Elle a 18 ans cette année, et devrait donc d'autant plus se faire respecter.
Les diverses ONG mettent des aides en place sur le terrain et font un travail admirable et admiré.
Cependant, le clamait Hugo, et comme l'histoire nous l'enseigne, le meilleur moyen pour lutter contre les problèmes sociaux, c'est l'instruction.
Le travail des Lumières qui a permis d'éclairer tout un peuple il y a deux siècles est de nouveau d'actualité.
Il faut secouer le joug de l'autorité, pour enfin ancrer les grands principes des Droits de l'Homme dans les gouvernements autoritaires et créer, dans ces pays là, un enseignement gratuit et généralisé.
Albert Camus ajoutait que : « Sans la culture, et la liberté relative qu'elle suppose, la société, même parfaite, n'est qu'une jungle. »
Alors qui dit instruction, dit autonomie, libre-arbitre, et revendication de libertés individuelles ou collectives. Les revendications d'un peuple, jusqu'alors soumis à la dictature et à la pensée unique, seraient en mesure de pousser ces gouvernements vers la démocratie et la reconnaissance de l'enfant en tant qu'individu, en tant qu'être humain qui a des droits et des devoirs.
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Pour conclure, sur une note d'espoir, je souhaiterais simplement saluer certaines firmes multinationales, qui importent leurs matières premières depuis les pays du Sud et ont mis en place une Charte par laquelle ils vérifient que les matières achetées ne sont pas produites par des enfants.
La notion d'éthique, très à la mode ces derniers temps, avec la question du clonage, fait peu à peu son entrée dans les nouvelles lois du travail, et s'impose en tant que devoir, tout en garantissant une meilleure image aux entreprises qui s'emploient à ne pas faire travailler d'enfants.
Il est évident que nous devons tous faire des efforts pour améliorer cette situation qui ne peut uniquement être laissée aux associations humanitaires.
Cet effort se doit d'être massif, comme l'est notre consommation. Il faut se battre contre le travail des enfants, comme nous nous sommes battus contre la guerre, contre l'antisémitisme, contre la dictature. La fin de l'apartheid nous a montré que l'on pouvait vaincre les inégalités. C'est pourquoi, il faut s'engager dans le but réel que ces enfants puissent acquérir les libertés auxquelles nous avons accès et qui, à ce jour, creusent, entre eux et nous, un immense fossé d'injustice et d'inégalité.
Plaçons nous donc sous la bannière de ce grand Homme qui proclame : « J'ai l'audace de croire que partout, les peuples peuvent avoir trois repas par jour pour nourrir leur corps, une éducation, une culture , pour nourrir leur pensée, la dignité, l'égalité et la liberté pour nourrir leur esprit. (...) Je continue de croire que nous vaincrons. » (Martin Luther King)
De GNR SURVIVOR . Aller sur son blog, elle fait des truc vraiment trés trés bien : http://gnrsurvivor.skyblog.com